ARBRES ET SECURITE ROUTIERE : LE FAUX PROBLEME
|
Rien n'impose l'abattage
Contrairement à ce que l'on entend ou lit régulièrement, aucun texte n'impose d'abattre les arbres proches de la chaussée. La circulaire ministérielle n °84-81 relative aux conditions techniques des plantations d'alignement sur routes nationales hors agglomération, considérée comme réglementaire pour les seules routes nationales, prévoit la possibilité de maintenir des alignements à moins de 1,50 m du bord de chaussée, moyennant un abaissement de la limitation de vitesse, voire une réduction de la largeur roulable et la pose de glissières.
Pour les routes départementales, les différents textes invoqués :
Circulaire 84-81,
Guide technique sur l'Aménagement des routes principales (Setra, 1994) ou
Guide technique sur le Traitement des obstacles latéraux sur les routes principales hors agglomération (Setra, 2002)
sont de simples recommandations dont on peut parfaitement s'écarter en droit. Il suffit de justifier ses choix. La protection du paysage, inscrite dans la loi constitue à cet effet un argument de poids.
Fossés, talus et parois rocheuses
En rase campagne, parmi les accidents contre obstacles latéraux, c'est dans les fossés, contre les talus et les parois rocheuses que l'on enregistre le plus grand nombre d'accidents, le plus grand nombre de blessés graves et le 2ème plus grand nombre de tués. Cela, on oublie généralement de nous le dire. Si on abat les arbres pour, soi-disant, raison de sécurité, il faut aussi refaire tous les fossés pour leur donner un profil «accueillant», tel que décrit dans le Guide technique cité ci-dessus, ce que l'on ne fera jamais parce que cela consommerait trop d'espace et coûterait trop cher.
Le seul texte réglementaire valable dans tous les cas est le code de la route. Et celui-ci prévoit que le conducteur doit rester maître de son véhicule en toutes circonstances.
 |
Un fossé dangereux
Dans l'ordre : un parapet, une tête
d'aqueduc et un autre parapet dangereux
|
Un parapet dangereux

|
Les vraies solutions
La politique d'aménagement qui consiste à supprimer les obstacles latéraux et donc les arbres est fondée sur le concept de «la route qui pardonne», c'est-à-dire sur le droit à l'erreur au volant. Quant on sait que l'on a deux fois plus de victimes en collision frontale que contre arbre, on voit que cette politique méprise de fait la vie des victimes innocentes.
Les vraies solutions sont celles qui évitent les sorties de route :
Abaisser la vitesse, interdire les dépassements et procéder aux contrôles
Intégrer les précautions particulières liées à la conduite sur les routes bordées d'arbre dans la formation au permis de conduire
Eviter les situations les plus à risque (jeunes, de nuit, avec des passagers du même âge ; alcool…)
Marquage à protubérance en rive, dispositifs de contrôle électronique de la trajectoire.
La communication
Pour réussir, ces mesures doivent s'accompagner d'actions de communication afin d'emporter l'adhésion des conducteurs. Ces actions devront être d'autant plus importantes qu'il s'agit de rompre avec des pratiques qui, pendant des décennies, ont stigmatisé l'arbre au bord des routes.
Ces actions sont absolument indispensables, car ce n'est pas à chaud, dans l'émotion qui suit un drame, que l'on peut expliquer pourquoi on choisit de conserver les arbres et les enjeux de société que ces choix recouvrent.
Mars 2007
Références
L'insécurité routière. Les accidents de la route sont-ils une fatalité ? Rapport de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, sous la direction de Marianne Bastide-Bruguière. PUF 2003 et www.asmp.fr/travaux/gpw/route/route.pdf
|